Plus qu'une affaire de coquetterie, le costume breton reflétait, l'appartenance à une identité culturelle, à un groupe social, à un "pays".
Après la Révolution française et l’abolition des lois somptuaires, un vent de liberté atteint tous les milieux et tous les domaines, notamment le milieu paysan et artisan et le domaine vestimentaire.
Avant le XIXᵉ siècle les coiffes étaient beaucoup plus simples, confectionnées en toile ou en tulle uni, sans les broderies raffinées qui apparaîtront plus tard.
Tout le XIXe siècle et le début du XXe verront le développement de costumes enrichis par des artisans maitrisant de mieux en mieux les techniques de couture et de broderie.
Les modes évoluent au fil de cette période et les coiffes de même, mais toutes gardent deux éléments permanents : le fond et les ailes.
Territoire de caractère sculpté par l'océan, la presqu'île de Crozon a longtemps vécu au rythme de ses ports, de ses terres, de ses traditions.
Cette isolation géographique, loin d'être un repli, a donné naissance à une identité vestimentaire, au croisement des influences de Douarnenez, des pays Kernévodez, Rouzig et Glazig.
Coiffe de Crozon
Groupe Douarnenez - Crozon
1840/1850
Coiffe de Dirinon
Groupe Châteaulin
Pays Rouzig/Pays kernedovez - 1860
Coiffe d'Argol et Landévennec
Groupe Châteaulin - Pays Rouzig
1875/1900
Coiffe d'Argol
Coiffe Borledenn "Korkenn"
Groupe de Quimper
1890/1910
Regroupant les communes de Camaret, Crozon Morgat, Lanvéoc, Roscanvel et Telgruc-sur-mer, le pays de Crozon fait partie de la Cornouaille, comme son voisin le Pays Rouzig et son presque voisin le Pays Glazig. Ce terroir a toutefois ses propres spécificités, notamment en termes de costumes.
Si la presqu’île de Crozon, unité administrative, compte actuellement sept communes, le pays de Crozon, caractérisé notamment par une mode vestimentaire propre, ne compte que les cinq communes occidentales (Camaret, Crozon-Morgat, Lanvéoc, Roscanvel et Telgruc-sur-Mer)faisant partie du Groupe Douarnenez-Crozon.
Les communes d'Argol et Landévennec exclusivement agricoles étaient rattachées à la mode Rouzig (Châteaulin) ou Borledenn* (Quimper).
Si, à Argol, il n'existe pas de contestation, les habitants de Landévennec ne sont pas aussi affirmatifs : dans leurs souvenirs la coiffe de Crozon et la coiffe carrée de Châteaulin (pays Rouzig) ont été portées toutes les deux sur leur commune.
Le Musée départemental breton suit cette classification de René-Yves Creston et de Jean-Pierre Gonidec : Il classe les costumes sous le groupe de Douarnenez–Crozon et emploie le terme « Penn Sardin » comme appellation de la coiffe.
On trouve ainsi des fiches d'objets provenant de Poulgoazec, de Tréboul ou de Concarneau, toutes décrites comme « Penn sardin », y compris pour des pièces datées vers 1910 ou pour des ensembles de la presqu'île de Crozon.
Elles partagent une même origine et une structure similaire, tout en présentant des variantes propres à chaque commune.
Origine du nom : Pen sardin "tête de sardine : 1732 : sobriquet donné aux habitants de Douarnenez - fin XIXᵉ/ début XXᵉ siècle : nom des ouvrières - vers 1910-1912 : nom de la coiffe
La première conserverie, remplaçant la technique de la presse pour la conservation des sardines, ouvre à Tréboul en 1853, fondée par Eugène Clarian, qui fait faillite (la conserverie est rachetée en 1855 par Robert Chancerelle).
A cette époque , les ouvrières des conserveries de sardines portaient généralement :
un bonnet de coton blanc ou une petite coiffe simple couvrant les cheveux
parfois un foulard noué sous le menton selon les ateliers ;
il s'agissait avant tout d'une protection contre les salissures et d'une mesure d'hygiène, bien avant les normes modernes.
À cette époque, les coiffes étaient peu décorées et souvent adaptées aux contraintes du travail. Les ailes et les rubans des coiffes traditionnelles étaient gênants dans les ateliers où les femmes travaillaient au salage, à l'emboîtage et à la cuisson des sardines.
A partir de 1860, la coiffe fut imposée aux ouvrières des conserveries de Douarnenez par les industriels pour des raisons sanitaires : de petite taille et très couvrante, elle permettait le maintien aisé des cheveux.
Elle fut portée pour ces mêmes raisons dans les ports sardiniers de la côte sud, comme à Beuzec, Audierne, Lesconil, l’île Tudy, Kerity Penmarc’h et jusqu’à Concarneau
Entre 1860 et 1900, les formes se différencient rapidement. La coiffe de Douarnenez prend une identité propre entre 1910 et 1912 en s'appelant "Penn Sardin".
Avant le milieu du XIXᵉ siècle, les femmes portaient surtout de petites coiffes en toile ou en lin, assez simples, proches de celles que l'on trouvait dans une grande partie de la Basse-Bretagne. Elles étaient peu hautes et servaient essentiellement à maintenir les cheveux.
Nous ne connaissons pas la date exacte de cette photographie de Virginie Le Bloas Marraine en 1876 de la Cloche Anne de l'église Sainte Anne de Lanvéoc, mais elle semble porter une petite coiffe assez simple.
Coiffe de Crozon 1840 - 1850 Groupe Douarnenez-Crozon Musée Breton
Coiffe composée d'une sorte de bonnet en mousseline et coton fixé par des épingles métalliques
Les bords de la visagière touchent les épaules.
A la base du fond un ourlet permet à deux rubans de se croiser, d'en faire le tour, et de se nouer en noeud plat au-dessous.
Les extrémités de la visagière peuvent être disposées autrement.
La coiffe de la presqu'île de Crozon ne s'est jamais appelée "Penn sardin"
Un témoignage souvent cité est celui de Jean Zam, natif de la presqu'île, né en 1928. Son souvenir est précieux car il repose sur la mémoire de trois générations de femmes de sa famille. Il écrit :
« De mon existence, je suis né en 1928. Je n'ai jamais entendu, ni dans ma famille paternelle ou maternelle, désigner leur coiffe par "Penn Sardin". Ma belle-mère, née à Lanvéoc en 1887, sa mère née à Telgruc en 1855 et sa grand -mère née à Telgruc en 1825, ont toutes porté la même coiffe, celle de la Presqu'île de Crozon. »
Il ajoute que, pour les habitants de la presqu'île, cette coiffe était avant tout la coiffe du pays, antérieure à l'essor des conserveries de Douarnenez :
« Il serait ridicule de persister à nommer cette coiffe "Penn Sardin"...
La coiffe de la Presqu'île de Crozon est celle d'un pays avec une identité culturelle ancienne. »
Ce souvenir illustre bien le ressenti de nombreux Presqu'îliens : le terme Penn Sardin est considéré comme une appellation venue de l'extérieur, tandis que localement on parlait de Penn Maout ou, plus simplement, de la coiffe de la Presqu'île. Ce n'était pas seulement un élément du costume, mais un signe d'appartenance au pays de Crozon, porté le dimanche, aux fêtes et aux cérémonies religieuses.
Coiffe de Camaret sur mer
Auteur Nitsch Georges
(23 juin 1866, Rennes - 1941, Rennes) (Photographe) ; milieu du 19ᵉ siècle ; Camaret-sur-Mer
Coiffe de Crozon Tal ar Groas
coiffe de 1870 brodée sur tulle
Coiffe de Roscanvel
Source Gustave Geffroy : La Bretagne. 1905
C'est entre 1870-1890 que la coiffe traditionnelle de la presqu'île évolue vers la penn maout dans les 5 communes occidentale : Camaret sur Mer - Crozon-Morgat - Lanvéoc - Roscanvel - Telgruc sur mer.
Même si elle appartient au groupe des Penn Sardin, la Penn Maout possède plusieurs particularités :
Les longues brides sont appelées sparlou (et non chinkellou comme à Douarnenez) sont plus larges, elles forment deux boucles à la base de la nuque, dépassant largement de chaque côté du visage faisant penser aux cornes du bélier, d’où le nom de « Penn Maout », c’est-à-dire « tête de bélier ».
Nœud plat de la nuque est plus développé (différent entre Camaret et les autres communes)
Les techniques de montage de la coiffe diffèrent selon les communes de la presqu'île, par exemple entre Crozon, Camaret et Telgruc
En presqu'île de Crozon, les premières conserveries de sardines s'implantent presque simultanément dans les deux ports :
Camaret-sur-Mer : 1870. La première est l'usine Béziers, construite à l'entrée du port. En quelques années, l'industrie se développe rapidement : on compte sept conserveries vers 1880 et jusqu'à huit au total par la suite.
Morgat : 1872. La première est une succursale des établissements Chancerelle de Douarnenez. Une deuxième conserverie est créée par Édouard Caradec en 1873, puis une troisième (Charles Plaçon) ouvre en 1897.
Cette chronologie est importante pour l'histoire du costume. Avant 1870-1872, les femmes de la presqu'île travaillaient surtout au pressage de la sardine dans les magasins de pêche, activité traditionnelle pratiquée depuis le XVIIIᵉ siècle. L'arrivée des conserveries transforme profondément le travail féminin et favorise la diffusion des coiffes en filet, dont la penn maout de la presqu'île de Crozon.
Un point mérite d'être souligné : les ouvrières des conserveries de Camaret et de Morgat n'ont jamais acquis la même identité collective que les "Penn Sardin" de Douarnenez.
Les usines étaient moins nombreuses, les effectifs plus réduits et l'économie locale s'est rapidement orientée vers la langouste à Camaret et vers le tourisme à Morgat. Malgré ces changements, les femmes de la presqu'île continuèrent longtemps à porter la Penn Maout, signe que leur identité restait attachée au pays de Crozon plus qu'à l'industrie de la sardine.
Après la Seconde Guerre mondiale (1945-1955), le port quotidien décline rapidement. Les jeunes femmes adoptent la mode urbaine, tandis que la coiffe reste portée par leurs mères et leurs grands-mères pour la messe, les pardons et les grandes cérémonies.
