Fort de Lanvéoc

En 1630, Richelieu avait décidé de faire de Brest un grand port militaire. En 1692, Vauban projette d'ériger un fort à Lanvéoc à la place des ruines du château féodal des comtes de Crozon. Il y espérait une batterie lourde afin qu'aucun navire qui se serait infiltré dans la rade ne puisse échapper à un feu de canons où qu'il soit grâce aux différents forts envisagés.

Louis XIV passe outre la recommandation, Brest est suffisamment défendu. En 1694, un point de défense en baraquements est installé sommairement sur la butte de Lanvéoc.

Le fort de Lanvéoc s'appuie sur un relief qui oblige à une construction en étages divisant le fort : en contrebas l'enceinte bastionnée, sur les hauteurs un fort carré.

En 1770, Monsieur Dajot, ingénieur du Génie, propose la construction des forts de l'île Longue, Lanvéoc et Plougastel.

De 1772 à 1775, Louis Lazare Dajot* le fera construire sur les lieux même d'un très ancien château féodal du comte de Crozon. En effet, le site est un monticule naturel permettant une certaine domination des alentours.

 Le Marquis de Longeron, en 1776, insiste sur le rôle stratégique de Lanvéoc "[qui] croise parfaitement avec l´île ronde, l´île longue et bat l´anse de Landévennec." Passage obligé pour accéder à l'Aulne, cette position permet, en cas de nécessité, de fermer la passe entre l'île ronde et Lanvéoc. Ainsi, le fort de Lanvéoc croise ses feux avec ceux du fort de l'île Longue. 

Sous l'ancien régime, le chef d'escadre percevait un dû sur chaque feu de Lanvéoc, et commandait le fort et les deux fours à chaux. Ce droit féodal s'appelait l'afféage et fut détenu, par exemple, en 1784 par Le Jar du Clesmeur de Crozon.

Carte de la rade de Brest et des environs, où sont marquées les batteries qui la défendent

avec le nombre de canons et mortiers de chaque batterie

.A peine un siècle après sa construction, son intérêt stratégique a été réduit à néant et sa modernisation en 1878-1884 n’y changera pas grand chose. La porte principale sera retouchée tout comme les murs de fortification en gradin jusqu’à la falaise. Une batterie lourde y est installée qui ne sera jamais utilisée. Elle est composée de 4 canons 24C modèle 1870 et 6 canons de 90C mm desservis par une petite garnison.


Durant la Première Guerre mondiale le Fort sert de camp d'internés civils de l'Empire Allemand

Comme d’autres forts français, il va être réduit à un rôle logistique et va être transformé en prison pendant la première guerre mondiale.

En presqu'île il y avait également des camps d'internement au Fort de Landaoudec et  à l'Ile Longue.

Ce camp d’internement de « luxe »pour des prisonniers fortunés  de l’Empire Allemand qui se trouvaient en France au moment de la déclaration de guerre, permettait de garder une monnaie d’échange dans le cas où des français subiraient le même sort en Allemagne. Les prisonniers devaient s’acquitter de leur gite et de leur couvert.

(Pour ceux qui disposaient de ressources financières, ils pouvaient se payer une chambre dans l'un des hôtels réservé aux internés allemands et austro-hongrois (Carnac).

Le camp était dirigé par des hommes de faible rang, un chef de dépôt Gustave Vernoux et un sous-chef  sont assistés de quelques gardiens.

De nombreux prisonniers seront encore présents à la fin de la guerre, 88 Allemands, 18 Autrichiens et 40 Hongrois.

Pour partie, tous ces prisonniers proviennent de bateaux arraisonnés dans les eaux territoriales et contrôlés et qui ont fait l’objet d’une véritable traque.

Non renforcé par les allemands, le fort fera l’objet de bombardements en 1944.

Photographies du reportage "Camps d'internés et de prisonniers de guerre en Bretagne" prises le 9 mars 1916


sources : c'est en france Patrimoine - commune-mairie.fr/- Gallica - presqu-ile-de-crozon.