Les seigneurs de Poulmic furent des personnages de plus en plus puissants qui jouissaient héréditairement ou en récompense des services rendus à l'Etat, d'un certain nombre de droits er privilèges.
La première demeure seigneuriale fut un "château à Motte", ouvrage militaire entouré de fossés et de retranchements.
En presqu'île, le statut de cette concessions était la Motte, jusqu'au milieu du 16ème siècle
Le domaine proche de la seigneurie était exploité directement par le seigneur, mais le reste, sans doute la plus grande partie, était concédé à des roturiers moyennant le paiement d'une redevance annuelle ou "cens".
La condition de "Mottier" était la plus défavorable : Le paysan était un serf "attaché à la glèbe" et tenu d'y résider de père en fils et lorsqu'il mourait tous ses biens revenaient au seigneur.
Ce statut fut heureusement assoupli avant d'être définitivement aboli à la révolution.
* Le chevalier de Fromainville indique en 1835 : " Le Poulmic était un grand fief dépendant en arrière vasselage de la maison de Rohan ; on y voyait jadis un château très fort, qui fut ruiné à l'époque où le cardinal de Richelieu, voulant anéantir la féodalité s'acharna à la destruction de ces forteresses .
Un château construit dans le style d'architecture du temps de Louis XIII remplaça l'antique citadelle, et ce domaine passa en d'autres mains.
Le titre de baronnie lui fut néanmoins toujours affecté à la Maison de Poumic avec ses armoiries* " Échiqueté d'argent et de gueules".
"On ne voit plus donc aujourd'hui que les restes des bâtiments construits sous Louis XIII. À leurs hauts faîtages, à leurs longues cheminées, au style d'ornements des fenêtres et des corniches, on reconnaît facilement le cachet de cette époque. Ces bâtiments en ruines ne sont que peu de choses par eux-mêmes".
Les barons et baronnes de Poulmic ont une ascendance qui remonte au XIIème siècle
et une descendance qui s'éteint à la révolution française.
Les de Poulmic sont à la tête d'une baronnie qui "règne" sur des familles vassales d'une partie de la presqu'île de Crozon. Elle fut présente aux réformations et montres* de Bretagne entre 1426 et 1536 (citée pour les paroisses de Crozon, Gouézec, Pleyben, Telgruc, Plounéventer, Plougasnou, Le Haut-Corlay, etc. dans lesquelles elle possédait des fiefs) ; elle fut reconnue d'ancienne extraction chevaleresque lors de la réformation de la noblesse de 1669 et elle fut puissante au XIVe siècle.
*Blasonnement : Échiqueté d'argent et de gueules.
Devise : De bien (aliàs : Espoir) en mieux.
*Une « réformation » est un contrôle de l'état de noble et des privilèges liés à cet état, une « montre » est une revue et un recensement de la noblesse. Les nobles sont rassemblés par paroisse et en armes
Le premier personnage connu de la famille qui prit le nom de Poulmic est Gautier, né en 1150, majeur au moment de la fondation de l'abbaye de Daoulas, avec laquelle les communications étaient faciles par la mer.
Après lui on cite plusieurs chevaliers bannerets, Jean Poulmic qui accompagne Guiomarch de Léon à la croisade en 1239, Mathieu de Poulmic figure au nombre des légataires d'Hervé VIII de Léon en 1363 ; Hervé de Poulmic fut abbé de Daoulas en 1351 ; Yves de Poulmic fut abbé de Landévennec et décéda en 1425 ; le dernier de la lignée Jehan V, sire de Poulmic, fit serment de fidélité au duc de Bretagne le 23 septembre 1390. Ambassadeur en Castille il fut tué en 1426 par les Anglais (pendant la guerre de 100 ans) au siège de Saint James en Beuvron à la frontière normande. Le 5 février 1459 à Lanvéoc, sa fille Marie de Poulmic épousa Olivier II du Chastel. La maison de Poulmic survécut cependant jusqu'en 1822 dans sa branche cadette.
La Famille du Chastel : Originaire de Kersaint-Trémarzan , la plus puissante du Bas-Léon, fut, grâce à ce mariage avec Marie de Poulmic, possessionnée dans la presqu'île pendant presqu'un siècle.
Blason Fascé d'or et de gueules
Devise "S'il plaît à Dieu"
On doit attribuer à Marie du Poulmic, à Olivier du Chastel et à leur fils Tanguy qui épousé 22 juin 1501 Marie du Juch, des donations dans les environs de Tréboul-Crozon à la fabrique du Juch et d'autres dans le cap de la Chèvre en faveur des chanoines de la collégiale de Trémarzan.
Succédant à Tanguy, leur fils Guillaume du Chastel Sieur de Kersimon (en Plouguin), du Poulmic et de Leslein , est connu par le victorieux combat naval qu'il livra aux Anglais devant Saint-Mathieu.
Ci-dessous extrait de cette bataille de Saint-Matthieu et Tableau de La destruction simultanée de la Cordelière et du Regent, par Pierre-Julien Gilbert peintre officiel de la Marine français des XVIII e et XIX e siècles.
Il est inspiré des blasons des seigneuries du Poulmic, de Ploeuc, de la famille d'Estaing
et de la symbolisation de l'école navale de Lanvéoc Poulmic.
Devise : « ene hag enor » l'âme et l'honneur.
Reprise de la devise de la famille De Ploeuc.
* Echiqueté d'argent et de gueules de quatre tires (blason famille de Poulmic), aux quatre mouchetures d'hermine de sable posées à plomb et rangées en bande sur quatre points d'argent de l'échiqueté (blason famille de Ploeuc), à la champagne d'azur (blason famille d'Estaing)
chargée d'une ancre d'or sans trabe, brochant sur un vol stylisé d'argent.
Création Y.Clerc'h et A.Dizerbo. Déposé en préfecture le 29 octobre 1986.
Marié à Marie (alias Anne) de Kerazret dame de Kermelegon décédée en 1555, leur fille Anne du Chastel née vers 1550 Dame héritière du Poulmic, de Kerazret (en Plougoulm) et de Kerveuleugant (en Plouider) fit passer Poulmic dans la famille de Ploeuc en épousant Vincent IV de Ploeuc.
Famille de Plœuc. La Maison de Plœuc est une famille noble d'extraction chevaleresque du duché de Bretagne, probablement issue des comtes de Poher.
Blason Chevronné de six pièces d'hermines et de gueules
Devise L'âme et l'honneur.
Vincent de Ploeuc est connu comme l'un des chefs de la Ligue, ce qui explique que sa fille Anne ait épousé un de ses compagnons d'armes, Jean de Goulaine, d'une famille originaire du comté nantais, qui était baron du Faouet dans le Vannetais.
(ci-contre le château de Goulaine qui se trouve sur la commune de Haute-Goulaine).
Famille de Goulaine La famille de Goulaine est une famille noble bretonne d'extraction chevaleresque sur preuves de 1304.
Blason Mi-parti d'Angleterre et de France (mi-parti de gueules à trois léopards d'or l'un sur l'autre et d’azur à trois fleurs de lys d'or).
Devise De cettuy-cy, de cettuy-là, j'accorde les couronnes
Jean de Goulaine, seigneur de la Ruffelière en Poitou, joua comme son frère un rôle très important dans les guerres de la Ligue pendant lesquelles il fut maréchal de camp du duc de Mercœur, et son lieutenant-général aux évêchés de Cornouailles et de Léon. Il fut maintenu par le traité de capitulation de son frère Gabriel dans la charge de capitaine du ban et arrière-ban desdits évêchés.
Après son mariage avec Anne de Ploeuc il se retira au Poulmic après l'avoir rendu habitable, puisque la presqu'île avait été dévastée par des bandes armées de tous les partis de 1590 à 1594.
Ce sont les ruines de leur château qu'a pu voir le chevalier de Fréminville *.
Le ménage y éleva une nombreuse famille, d'au moins dix enfants, dont plusieurs moururent en bas âge.
Cette époque est assez bien connue grâce aux archives du Calvaire actuel de Plounéventer, héritier des Calvaires de Morlaix et de Landerneau. La vie dans le manoir du Poulmic et ses environs y est décrite par le frère Georges d'Hennebont, capucin de Morlaix, auteur d'une Vie d'Anne de Goulaine, en religion Anne-Marie de Jésus crucifié, huitième enfant de la famille, née le 20 septembre 1599. .
Quatre filles entrèrent en religion ches les bénédictines du Calvaire. Des deux fils, Gabriel devait hériter de la baronnie du Faouet, l'autre fut tué au siège de la Rochelle.
La seigneurie passa alors à la troisième des filles, Claude de Goulaine, née au Poulmic en 1601 Baronne Poulmic (de), Comtesse Crozon (de), Vicomtesse Portzay (de) ,
qui épousa Jean du Han, conseiller au parlement, originaire de Rennes.
Blason : D'argent à la bande fuselée de sable soutenant un lion morné de gueules.
Le ménage qui résidait au château du Poulmic se montra actif dans la presqu'île. En 1647 ils achetèrent à Sébastien de Rosmadec les biens qu'il possédait dans la presqu'ile pour la somme énorme de 130 000 livres. La presqu'île n'avait plus maintenant qu'un seul seigneur. Le Marquis du Poulmic Jean du Han
Malheureusement il disparut le 22 décembre 1649 à Rennes. Sa veuve Claude de Goulaine s'y retira, elle mourut au couvent des Carmes le 17 septembre 1660 à Rennes :
Leur fille aînée Anne Marie du Han* hérita de Crozon, de Rosmadec et du Porzay baptisée le 11 juillet 1639
Mariée le 27 août 1656 à René de la Porte comte d'Artois, elle devint Comtesse d'Artois, de Crozon, Porzay et Rosmadec.
Blason famille de la Porte
Leur fils Eustache du Han garda le Poulmic. Chevalier, seigneur comte du Han, baron du Poulmic. Conseiller au parlement de Bretagne il épousa Françoise de Coetlogon devenant ainsi Baron du Poulmic, chatelain du Tixüe, seigneur de la Mézière et de la Grimaudaye.
ci-dessus, déclaration des possessions du Baron Eustache du Han en 1682.
Il décéda le 18 juillet 1690 (mardi) - Montreuil-le-Gast en Ile et Villaine, à l'âge d'environ 49 ans.
Louis Hercule du Han leur fils né le 17 septembre 1667 Enseigne colonel du Régiment de Châteaurenault le 12 février 1692 lui succéda en faisant hommage au roi le 12 février 1692 par sa châtellerie du Han.
Mais en 1696 il vendit sa terre du Poulmic à son cousin germain, François-Louis Rousselet de Châteaurenault, officier de la marine royale, qui avait épousé le 16 septembre 1684 à Brest :Marie-Anne René de la Porte comtesse de Crozon - 2e vicomtesse d'Artois (1682 - 1696) Dame de Camaret qui était la fille d'Anne-Marie du Han* Héritière du reste de la presqu'ile de Crozon, ce territoire de fut donc réunifié à nouveau.
François louis Rousselet de Châteaurenault
Comte 3e marquis de Château-Renault (1677 - 1716)
3e marquis du Poulmic (1696 - 1716)
Blason D'or, à un chêne de sinople, englanté du champ.
Avec sa carrière, le Maréchal a été condamné à une existence mouvementée.
Originaire de la région de Blois, il fut d'abord affecté à Toulon, puis nommé à Brest en 1673, fit campagne dans l'Atlantique en particulier au service du roi d'Espagne.
Maréchal de France en 1703 gouverneur de Bretagne en 1704, il mourut à Paris en novembre 1716. De ces séjours à Crozon il ne reste pas de témoignage.
Il épouse en secondes noces Anne-Marie du Han de Bertric, morte au mois d'octobre 1696.
De ces deux unions naissent quatre enfants dont :
Emmanuel Rousselet, marquis de Châteaurenault, capitaine de vaisseau, lieutenant général de la Haute-Bretagne.
A la mort de son père. Il épouse :
Il rédige son testament le 25 avril et meurt le 1er mai 1739. il laisse quatre filles dont Marie Sophie de Rousselet de Château-Renault qui épouse en 1746 Charles Henri, comte d'Estaing, amiral de France
Charles Henri d'Estaing par son mariage avec Marie de Rousselet prend le titre de Marquis de Château-Renault.
La dernière Baronne du Poulmic, Comtesse de Crozon, Marquise de Rosmadec, est Dame de compagnie des filles du roi Louis XV et Marie Leszczynka.
Quand elle n'est pas à Versailles, elle vit dans un hôtel particulier luxueux à Paris avec un mari de passage.
Les époux abandonnèrent la Bretagne pour Paris, y menèrent une vie désordonnée qui compromit rapidement une fortune qui étai considérable.
Marie-Sophie Rousselet de Châteaurenault
Ces derniers comtes de Crozon ont eu un enfant Théodat d'Estaing (1747 - 1749) qui est mort en tombant du balcon du château paternel de Ravel.
A partir de 1755, la comtesse commença à perdre la raison, ce qui amena le comte à demander une séparation de biens qui lui fut accordée l'année suivante.
Elle finira ses jours à l'hospice-Beaujon, sans descendance, le 4 février 1792, entourée de 18 domestiques, dans un parc de 9ha.
Entre-temps, le Poulmic était géré par un fermier général et des régisseurs qui en firent leur profit.
Charles-Henri d'Estaing.
Lors de la révolution française, il soutient le mouvement révolutionnaire et devient même amiral en 1793. Cependant lors d’un témoignage sur Marie Antoinette, Charles d’Estaing ne convainc pas, il est accusé de conspiration.
Se sachant d'avance condamné, il refuse crânement de se défendre, énumère ses états de service et conclut par cette phrase restée célèbre : « Quand vous aurez fait tomber ma tête, envoyez là aux Anglais, ils vous la paieront cher. » Il est guillotiné le même jour (28 avril 1794) et son corps est inhumé au cimetière de la Madeleine.
Lorsque le comte fut guillotiné en avril 1794, cet héritage important de Poulmic ne fut pas saisi comme bien national, en raison de la séparation des bien de 1756.
Les biens furent partagés avec les membre de la famille Han qui les conserva jusqu'en 1829.
sources : les seigneureries de Crozon et de Gouandour. Auguste H. Dizerbo. - Généanet - bulletin de la société d'académie de Brest - wikipédia.
